Au cours de la deuxième moitié du 19e siècle, le mouvement artistique du symbolisme naît en France. Celui-ci apparaît en réaction au réalisme et à l’impressionnisme. En raison du progrès scientifique et du développement industriel, un accent était mis sur la réalité matérielle et la rationalité scientifique se traduisant par un conformisme au réel, à l’observable, dans la sphère artistique. L’homme, en tant qu’être spirituel, être métaphysique, était délaissé. C’est ainsi que les symbolistes, en réponse à la pensée rationaliste et expérimentale, se caractérisent par une représentation du monde de manière imagée, métaphorique, allant au-delà du visible et mettant de l’avant l’expérience, la psychologie et l’émotion propres à l’artiste. Ainsi, les thèmes qui se retrouvent souvent évoqués sont la mort, le religieux, la sensualité, mais aussi le folklore, la mythologie et les cérémonies traditionnelles. On retrouve donc l’utilisation de symboles et de métaphores, d’imagerie fantastique et onirique, puis de l’ornementation décorative afin de communiquer le message et les émotions. Le chef d’œuvre Le Baiser du peintre autrichien Gustav Klimt (1908-1909), aujourd’hui conservée au Palais Belvédère à Vienne, est un exemple remarquable du mouvement symboliste.
Dessin fait par Rania Heang
Illustrant l’étreinte de deux amants, la thématique de la sensualité se retrouve au premier plan. Pourtant, un penchant religieux demeure dans l’œuvre en question. En effet, la prédominance de l’or, surtout par l’utilisation de feuilles d’or, rappelle les techniques des mosaïques byzantines. Ici, la couleur dorée représente l’éternité. Son omniprésence dans l’œuvre confond les limites entre l’arrière-plan et le couple. Cela, en plus du sol recouvert de fleurs et de lierre qui renvoie au paradis, rend la scène presque divine. De surcroît, l’unité formée par la fusion des deux corps amoureux qui s’enlacent sous un même drap renforce le sentiment d’éternité. Cette impression est en revanche défiée par le fait qu’ils sont au bord d’un gouffre. Cette situation les rend vulnérables au semblant d’immobilité du temps qui erre dans la peinture en raison de la fragilité de leur position.
Quant aux vêtements, ceux de l’homme sont structurés de lignes droites formant des rectangles évoquant la masculinité. Il en va de même pour le noir et le blanc qui suscitent la force et la virilité face aux ronds et aux motifs fleuris colorés qui embellissent les habits de la femme, rappelant la fertilité et la maternité.
De cette manière, Klimt représente des concepts abstraits par la mobilisation de qualités qu’on attribue aux figures et aux couleurs. À cela s’ajoute l’expression faciale de la femme accentuée par les mains qui l’entourent tendrement. Elle communique l’émotion de toute la scène et son intensité par les yeux fermés pour signaler l’abandon et les joues rouges, la volupté. La position de l’homme qui la domine physiquement accroît la passion de la scène malgré son visage caché. C’est ainsi qu’on peut, dans une simple peinture, retracer tout un mouvement, toute une histoire, celle du symbolisme. Le Baiser, Gustav Klimt, huile et feuilles d’or sur toile de 180 x 180 cm (1908-1909)
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