Ne laisser jamais votre feu s’éteindre; deux étudiants unis pour l’initiative du bien-être étudiant

Par Tuyet Anh Tifanie Nguyen

« Nous revendiquons un statut social défini; nous revendiquons des structures à l’intérieur desquelles on nous accorde un droit de parole », écrit l’étudiant Michel Rivet dans son article dans QL le 26 février 1963 (Correa, 2012). L’histoire des luttes étudiantes au Québec remontent jusqu’à la fin des années 50, avec 21 000 étudiants de l’université de Montréal, de McGill, de Laval et de Concordia revendiquant l’abolition des droits de scolarité pour favoriser l’accès aux études supérieures (Radio-Canada, 2012). Cependant, le printemps érable de 2012, une grève étudiante qui protestent contre l’augmentation des frais de scolarité, laisse une trace historique dans l’histoire du Québec. 13 ans plus tard, deux étudiants de cinquième session dans le programme des sciences humaines en administration fondent le Front Étudiant Uni le 8 octobre 2025, un mouvement qui met de l’avant le bien-être de la communauté étudiante. J’ai eu la chance de passer une entrevue avec les deux cofondateurs, Colin Lamarche et Mahmoud Aammoune, pour en apprendre davantage sur ce projet.

Portrait général du FEU

Le Front Étudiant Uni, fondé le 8 octobre 2025, utilise un phénix rouge comme logo. Cet oiseau mythique peut être interprété selon différents contextes, mais il représente ici la renaissance. « Le Front Étudiant Uni garde le feu actif pour que le mouvement soit une flamme qui fait revivre l’implication des étudiants au sein de l’école, d’où le choix du Phoenix, un symbole qui renaît de ses cendres » explique Colin Lamarche, l’un des cofondateurs du mouvement. C’est pour cette raison que les cofondateurs ont décidé de créer un acronyme à partir des trois premières lettres du Front Étudiant Uni, donc « F-E-U ». 

Les origines du mouvement en une question

Qu’est-ce qui a déclenché la création de ce mouvement? 

Mahmoud Ammoune: « Je dirais que c’est la frustration par rapport au système de l’école. J’ai trouvé que personne n’était au courant qu’il y avait une agence étudiante, qu’il avait des assemblées, qui avait telle ou telle chose au cégep. En tout cas, les élèves n’avaient pas d’informations par rapport à tout ce monde-là. »

Colin Lamarche: « Plusieurs étudiants sont déconnectés des ressources et des comités qui existent pourtant encore au collège, souvent par manque d’information. Même lorsque les étudiants veulent s’impliquer, cette ignorance crée une distance avec la vie étudiante et l’institution. Je pense que l’école ne sert pas seulement à étudier, mais aussi à découvrir ses passions, et le Front Étudiant Uni veut justement agir comme un repère pour aider les étudiants à se reconnecter et à raviver leur engagement. »

L’objectif du Front Étudiant Uni

L’objectif du FEU est de faciliter l’accès à l’information et de mieux informer la communauté étudiante sur ce qui se passe au collège. Colin Lamarche et Mahmoud Aammoune ont réalisé qu’il y a un détachement, une « déconnexion » entre la communauté étudiante et l’accès à l’information aux évènements courants du collège. Il est possible de comparer ce manque d’information à ce que le philosophe John Rawls appelle le « voile d’ignorance ». Dans ce cas, les cofondateurs affirment vouloir agir dans un esprit de transparence, tant pour les étudiants actuels que pour les cohortes à venir. 

Une Idéologie existante

Ils ont mentionné, lors de l’entrevue, que le mouvement est non-partisan. Selon eux, la diversité des opinions est l’une des forces du Front Étudiant Uni. « On est composé de membres de plusieurs partis politiques qui pensent de différentes manières, et nous pensons que c’est ça qui fait la beauté du mouvement », affirme Lamarche. Mahmoud Aammoune, l’autre cofondateur, précise qu’eux-mêmes ne partagent pas les mêmes avis politiques. Dans ce cas, peu importe l’orientation politique des membres, le mouvement étudiant se concentre sur les besoins de la communauté étudiante du collège et non sur leurs positions politiques.

L’éthique du FEU

Le Front Étudiant Uni possède trois valeurs centrales: la transparence, la justice et la liberté. Pour les normes, les deux cofondateurs mettent de l’importance sur la non-violence. « On veut simplement que les gens se battent avec leurs mots et non pas par des actes de violences », affirme Colin Lamarche. Pour en savoir davantage sur le mouvement, il y a la possibilité de consulter la constitution du mouvement par le lien sur le compte Instagram @frontetudiantuni.  

Moyens de communication et d’actions

Le Front Étudiant Uni possède aussi un compte Instagram sous le même nom. Pour rejoindre l’organisation, les personnes intéressées doivent remplir un formulaire sur Google Forms accessible par le lien dans la biographie du compte. Le nom, le DA et la raison de rejoindre le mouvement sont les trois informations demandées. En raison de la création récente du FEU, Lamarche et Aammoune ont choisi d’utiliser une procédure simple pour l’inscription. En plus, Lamarche et Aammoune expliquent que le Front Étudiant Uni utilise des moyens d’actions comme le dialogue entre les deux organes exécutifs du cégep, les pétitions et l’organisation d’évènements pour sensibiliser la cause. La grève est le dernier recours si dess moyens de pression doivent être appliqués.

Les revendications

« Ce n’est pas normal que durant les pauses communes, plusieurs élèves ne savent pas où aller parce que tout est rempli. Surtout en hiver » affirme Aammoune. 

Ce mouvement revendique aussi plusieurs complaintes comme les prix de la cafétéria, les prix dans les distributrices, faciliter l’accès aux serviettes hygiéniques gratuites pour les femmes et l’espace au sein du collège, comme les espaces d’études pendant les pauses communes. « Je souhaite que les revendications soient respectées et que l’opinion étudiante soit réellement prise en compte dans les décisions du collège » conclut Lamarche.

La hiérarchie de la mobilisation étudiante 

Comme toute organisation, le Front Étudiant Uni est structuré de manière hiérarchique. La structure comprend les deux cofondateurs au sommet suivit de la présidence, des membres actifs et des membres sympathisants.

« Les membres actifs ont accès à l’ensemble de l’information interne et disposent d’un droit de vote, tandis que les membres sympathisants bénéficient d’un accès plus limité, c’est-à-dire aux activités qui pourraient être organisées, et ne disposent pas du droit de vote », explique Mahmoud Aammoune. 

Selon les cofondateurs, cette distinction dépend du niveau d’implication du participant. En effet, un membre actif soutient le mouvement par un engagement concret, tandis qu’un membre sympathisant appuie la cause sans participer à son fonctionnement et sans assumer de responsabilités. Par exemple, lors d’une protestation, les membres actifs sont ceux qui contribuent à l’organisation de l’événement, proposent des idées et participent de façon active.  À l’opposé, les membres sympathisants partagent les objectifs et valeurs du mouvement, mais ne participent pas aux actions, à cause du manque de temps. Leur soutien se manifeste par d’autres moyens, comme la diffusion du mouvement sur les réseaux sociaux. 

Dans les coulisses de la naissance du mouvement 

Cette dernière partie de l’article pousse la réflexion des cofondateurs sur la création du mouvement en quatre questions.

1. En gardant en tête que la société possède des bons et des mauvais côtés, qu’est-ce que ce mouvement révèle de notre époque?

Colin Lamarche: « Ça met en lumière la déconnexion qui existe par rapport aux étudiants et aux instances administratives. Les étudiants ne savent souvent pas pourquoi certaines décisions sont prises, combien elles coûtent ni quelles conséquences elles ont sur leur vie. Cela donne l’impression que les étudiants comptent peu dans les décisions, ce qui peut expliquer pourquoi plusieurs finissent par se désengager, sans même savoir vers qui se tourner. »

2. Comment vois-tu le futur de ce mouvement? Pense-tu qu’il va continuer, subir des transformation ou disparaître plus tard?

Mahmoud Ammoune: « J’aimerais que ce mouvement ne soit plus utilisé d’ici cinq à dix ans, parce que les étudiants auront tous leurs droits acquis et n’auront plus besoin de passer par le front pour demander quoi que ce soit. Réalistiquement parlant, je ne pense pas que ce sera le cas. »

Colin Lamarche: « C’est souvent basé sur des spéculations. Il est impossible de savoir si le mouvement existera encore dans cinq ou dix ans, puisque cela dépendra des futures directions. Ce qui compte, c’est que le Front Étudiant Uni ait apporté de vrais changements, que ce soit de petites améliorations au quotidien ou, idéalement, des changements plus importants. »

3. Quels moyens vas-tu entreprendre pour t’assurer que ce mouvement continue d’exister pour les générations futures? 

Mahmoud Ammoune: « Ça serait tout simplement de la léguer comme un héritage. Nous aimerions que les étudiants de première année soient mis au courant que nous sommes là, qu’ils puissent comprendre à quoi nous servons et qu’est-ce que nous avons fait entre-temps. Colin et moi aimerons aussi garder contact avec les membres pour se mettre à jour et de voir son développement. »

4. Comment souhaite-tu que le Front Étudiant Uni soit commémoré pour les futures cohortes? 

Mahmoud Ammoune: « J’aimerais qu’il se rappelle que nous avons réussi à acquérir leurs droits sans passer par la violence, sans passer par des mouvements extrêmement violents, que leur voix et qu’un seul étudiant peut changer la donne, deux étudiants encore plus, à trois, encore plus, ainsi de suite et que tous ensemble, on peut vraiment changer notre avenir. »

Colin Lamarche: « Si les gens ils entendent le front étudiant uni, ils savent que c’est une noble cause. C’est un mouvement qui se bat pour une justice qui a raison d’être et qui prends les mécontentements étudiants sérieusement. C’est quelque chose qui devrait être primordial dans la prise de décision. »

En résumé…

Colin Lamarche et Mahmoud Aammoune rappellent que tous les étudiants ont les mêmes droits au collège et peuvent les revendiquer au fil du temps. LeFront Étudiant Uni a été créé dans le but de faciliter l’accès à l’information et de mieux informer la communauté étudiante sur ce qui se passe au collège. En se présentant comme porte-parole des mécontentements des étudiantes et étudiants, le mouvement souhaite satisfaire le bien-être de la communauté. C’est donc la raison que les cofondateurs affirment vouloir agir dans un esprit de transparence, tant pour les étudiants actuels que pour les cohortes à venir. Pour l’instant, il n’y a eu aucun signe qui marque le début de ce mouvement à part la nouvelle d’un questionnaire en cours de route par rapport à la cafétéria. Que c’est-il passé? Aurons-nous réellement une initiative du bien-être étudiant, ou bien est-ce qu’une simple illusion?

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