Art et histoire : Le fauvisme

Par Laeticia Sawaya

C’est en France, en 1905, que naît le courant artistique du fauvisme. En qualifiant de « fauves » les artistes exposés au Salon d’Automne de 1905, le critique Louis Vauxcelles est celui qui baptise le mouvement. C’est à partir de l’impressionnisme – de ses couleurs, de son utilisation de la lumière et de sa manière de peindre d’après nature –, du néo-impressionnisme et même de l’art primitif que s’inspirent les Fauves. Délaissant l’importance de la technique du dessin, ils utilisent les couleurs, non plus pour imiter le réel, mais pour communiquer les émotions de leurs sujets et faire part de sensations visuelles. Les couleurs sont vives, les coups de pinceau texturés et les représentations des sujets sont loin de leur apparence réelle. Les portraits, les paysages et les nus sont souvent caractérisés par des tracés noirs, une perspective distordue, des contrastes dits agressifs, des couleurs posées en larges aplats, mais aussi dispersées de manière spontanée. Le sujet des tableaux ne paraît plus immobile, car les techniques et les tons employés créent au contraire un semblant de mouvement. Bien qu’il ne dure qu’environ cinq ans, le fauvisme constitue un mouvement important dans l’histoire de l’art, qui ouvrira plus tard la porte à l’abstraction.
La peinture Fenêtre ouverte, Collioure de l’artiste français Henri Matisse (1869 – 1954), ayant fait ses début au Salon d’automne de 1905 est présentement conservée à la National Gallery of Art de Washington, DC. Elle incarne de manière exemplaire le courant en question.

La peinture illustre une journée ensoleillée dans la ville de Collioure qui se trouve sur la côte méditerranéenne. On y voit une fenêtre de deux volets ouverte sur un balcon entouré de lierre et encombré de plantes ainsi que le port de la ville et le ciel. Elle forme un cadre qui crée une impression de profondeur et d’espace à l’extérieur. Pourtant, le cadre de la fenêtre se retrouve au même niveau que les bateaux. C’est ici que les couleurs entrent en jeu. Matisse utilise des teintes plus pâles afin de donner l’impression qu’il y a une distance entre le spectateur et le paysage. Par différentes textures, il distingue l’étendue d’eau du firmament. Les aplats de peinture servent aussi à communiquer l’émotion de la scène. Les jaunes, rouges et oranges qui envahissent la chambre amènent la chaleur et l’énergie qui se trouvent dehors. Ils s’opposent aux tons froids de la pièce composée de verts et de bleus. Ainsi, la tension entre l’extérieur et l’intérieur est importante dans l’œuvre. Sans dessin, seulement par l’application de couleurs bien choisies, on arrive à percevoir les formes. Notre regard est dirigé vers les bateaux au centre de la toile d’où vient l’énergie. Matisse communique ainsi son ressenti du paysage qu’il représente dans l’œuvre, une peinture qui incarne de manière exemplaire le fauvisme.

Be the first to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


*