
Par Falonne Exinard
As-tu peur du rouge ou bien du jaune ou peut-être du bleu ? Question à apparence ironique, elle est posée avec l’œuvre d’art Barnett Newman Who’s Afraid of Red, Yellow and Blue III (1967). Œuvre abstraite et minimaliste faisant d’une série de quatre peintures de grande envergure réalisées entre 1966 et 1970. Le titre fait écho à Qui a peur de Virginia Woolf ? Pièce de 1962 d’Edward Albee, elle-même inspirée de la chanson Qui a peur du grand méchant loup ? Célèbre depuis les dessins animés de Walt Disney Pictures.
Pour la création de cette série, Newman commence le premier tableau sans idée préconçue du sujet ou du résultat final. Son seul souhait : obtenir un résultat différent de ce qu’il a réalisé jusque-là et qu’il soit asymétrique. Après avoir peint la toile en rouge, il se trouve confronté au fait que seules les autres couleurs primaires, le jaune et le bleu, s’accorderont avec elle.
Pourquoi parler de cette série ? Plus précisément, de la troisième toile dans celle-ci. À vrai dire, n’importe qui avec des yeux pourrait se dire qu’il n’y a rien d’impressionnant. Que c’est une toile rouge avec du bleu et du jaune. Mais si je vous disais que cette toile a été victime de vandalisme dans un musée par un autre artiste, Gerard Jan van Bladeren. L’histoire derrière ce tableau devient tout à coup plus intéressante.
En 1986, le tableau va se faire vandaliser par l’artiste réaliste Gerard Jan van Bladeren avec l’utilisation d’un couteau utilitaire pour couper la toile et l’endommager. La raison ? Sa forte aversion pour l’art abstrait Après l’attaque, il sera condamné à 5 mois de prison. Le plus intéressant dans cette histoire est le débat qui va se développer après l’attaque.
Pour le public, les avis se penchaient plus en faveur de l’artiste réaliste. Même si, aujourd’hui, les œuvres de Newman sont influentes, cela ne veut pas dire qu’elles étaient dénuées de critiques venant du public par sa banalité et le soi-disant « manque de sens ». Ces critiques n’étaient pas juste pour Newman, mais pour toutes œuvres abstraites ou qui allaient vers l’abstraction au lieu du figuratif. Alors, à l’époque, plusieurs étaient d’accord avec cette action de vandalisme et cela

prouvait, pour eux, que l’art abstrait n’était pas un vrai « art ». Pour d’autres, c’était le contraire. Cette attaque montrait le pouvoir que l’art peut avoir quand il sert à défier et briser les codes, en allant jusqu’à provoquer des réactions irrationnelles.
Pour le musée, le plus gros problème était la restauration de celle-ci. Bien qu’une œuvre simple, la restauration va leur coûter 400 000$ pour qu’au final l’œuvre se retrouve gâchée, car il est impossible de répliquer ce que Newman avait fait sur le tableau d’origine avant le vandalisme. Et oui, ces œuvres abstraites ou contemporaines qu’on pense que n’importe qui peut faire sont plus complexes qu’on le pense.
Ce que je trouve fascinant avec cette histoire est que cet acte de vandalisme représente très bien ce que Newman voulait faire avec ces œuvres : faire ressentir des émotions ou des expériences fortes. Sa philosophie reposait sur la croyance en la capacité de l’art à transcender le quotidien et à se connecter à quelque chose de profond et d’universel. Alors cette attaque, à mon avis et à celui de plusieurs autres, donne de la légitimité au message que véhicule Newman et à son art.



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